Il est difficile de suivre les nombreuses procédures judiciaires relatives au Sahara Occidental. Cette page offre un aperçu des affaires portées devant la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) à propos de ce territoire.
Le Front Polisario, représentant reconnu par l'ONU du peuple du Sahara Occidental, a intenté plusieurs recours contre le Conseil de l'UE devant les juridictions de l'UE. Ces recours concernent des accords conclus entre l'UE et le Maroc, appliqués au Sahara Occidental, territoire occupé par le peuple sahraoui, sans son consentement.

Vous trouverez ci-dessous un aperçu des affaires pertinentes, présentées par ordre chronologique selon la date des arrêts. Pour chaque affaire, une chronologie succincte est fournie, ainsi que des informations contextuelles, des liens vers les documents clés et une brève explication de sa portée juridique.
Principes juridiques fondamentaux sous-tendant toutes ces affaires
Dans sa jurisprudence, la Cour de justice de l'Union européenne a constamment confirmé les principes suivants :
Affaires conclues introduites par le Front Polisario
Les affaires suivantes, introduites par le Front Polisario contre le Conseil de l'UE, ont été closes. Un calendrier plus détaillé est fourni ci-dessous.
Affaires conclues sans intervention du Front Polisario
Deux affaires supplémentaires concernant le Sahara Occidental ont été déférées à la CJUE par des juridictions nationales.
1) Affaire T-512/12 → Accord agricole (Polisario versus Conseil)
Objet :
Contestation de l’accord agricole UE-Maroc dans la mesure où il s’applique au Sahara Occidental.
Contexte :
L’affaire T-512/12 s’inscrit dans le contexte de l’approfondissement progressif des relations commerciales entre l’UE et le Maroc suite à l’entrée en vigueur de l’accord d’association UE-Maroc en mars 2000, qui a instauré une zone de libre-échange libéralisant les échanges bilatéraux de marchandises. En octobre 2005, le Conseil de l’UE a chargé la Commission de négocier une nouvelle libéralisation des échanges, portant notamment sur les produits agricoles et de la pêche transformés. Le Conseil a signé l'accord agricole (également appelé accord de libéralisation) le 2 décembre 2010. Le Parlement Européen était divisé : le 12 juillet 2011, le rapporteur du Parlement Européen au sein de la commission de l’agriculture a recommandé de rejeter l’accord proposé, mais le 26 janvier 2012, la commission du commerce international du Parlement a voté en sa faveur, contrairement à la recommandation de son propre rapporteur. Durant cette période, le 14 février 2012, Western Sahara Resource Watch a publié son rapport sur le tomates de la zone en conflit, révélant l'expansion rapide de la production agricole marocaine au Sahara Occidental occupé et l'exportation de ces produits vers l'UE. Deux jours plus tard, le 16 février 2012, le Parlement Européen a approuvé l'accord agricole UE-Maroc en séance plénière, par 369 voix pour, 225 contre et 31 abstentions. Le Conseil de l'UE a formellement conclu l'accord le 8 mars 2012, après quoi WSRW a publié un autre rapport, « Étiquette et responsabilité », le 17 juin 2012, détaillant comment des produits originaires du Sahara Occidental étaient commercialisés dans l'UE comme marocains. La Commission a mis en œuvre le nouvel accord le 12 septembre 2012, et celui-ci est entré en vigueur le 1er octobre 2012.
Chronologie et dates clés :
Portée juridique :
Il est établi que les accords d’association et de libéralisation UE-Maroc ne peuvent être appliqués au Sahara Occidental sans le consentement du peuple sahraoui, que l’accord lui nuise ou profite, le Sahara Occidental est juridiquement distinct du Maroc.
2) C-266/16 → Western Sahara Campaign UK versus HRMC et DEFRA, affaire renvoyée devant la CJUE
Objet :
Décisions relatives à l’application des accords commerciaux et de pêche UE-Maroc au Sahara Occidental.
Chronologie et dates clés :
Portée juridique :
Il est réaffirmé que les accords UE-Maroc ne peuvent s’appliquer au Sahara Occidental.
3) Affaire T-180/14 → Protocole de la pêche (Polisario versus Conseil)
Objet :
Annulation de l’accord de partenariat UE-Maroc dans le domaine de la pêche (APP) dans la mesure où il s’appliquait au Sahara Occidental.
Contexte :
Les événements à l’origine de l’affaire T-180/14 font suite au rejet, par le Parlement européen le 14 décembre 2011, d’une prolongation d’un an du protocole relatif à l’accord de partenariat de pêche UE-Maroc. Le 5 janvier 2012, la Commission européenne a ensuite demandé aux États membres de l’UE de lui confier un mandat pour renégocier un protocole de pêche avec le Maroc. Ces négociations ont abouti à la signature, par la Commission, d’un nouveau protocole de pêche le 24 juillet 2013, prévoyant la reprise de la pêche par les navires de l’UE dans les eaux du Sahara Occidental. Le 13 novembre 2013, le Conseil de l'UE, réuni au COREPER et malgré des divisions internes, a décidé de soutenir le protocole proposé ; la Suède, le Danemark, la Finlande, le Royaume-Uni et les Pays-Bas n'ont pas soutenu l'accord. Le processus s'est poursuivi le 10 décembre 2013 avec le vote du Parlement Européen en faveur du nouveau protocole de pêche UE-Maroc, suivi de la conclusion formelle du protocole par le Conseil de l'UE le 16 décembre 2013, définissant les possibilités de pêche et la contribution financière au titre de l'accord de partenariat dans le domaine de la pêche, entre l'Union Européenne et le Royaume du Maroc.
Chronologie et dates clés :
Portée juridique :
Confirmation des principes énoncés dans la décision T-512/12, désormais appliqués à la pêche : le Sahara Occidental ne peut être inclus sans le consentement des Sahraouis, quels que soient les bénéfices potentiels pour ces derniers.
4) Affaire T-275/18 → Accord sur l’aviation (Polisario versus Conseil)
Objet :
Contestation du champ d’application territorial de l’accord UE-Maroc sur l’aviation.
Contexte :
L’affaire T-275/18 trouve son origine dans l’accord relatif à l’aviation conclu entre l’Union Européenne et le Royaume du Maroc, entré en vigueur en décembre 2006. En février 2014, la Commission européenne a proposé un amendement à cet accord afin de tenir compte des évolutions au sein de l’Union Européenne, notamment l’adhésion de trois nouveaux États membres depuis 2006 et les changements institutionnels induits par l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne. La version amendée de l’accord a ensuite été approuvée par le Parlement Européen en octobre 2017 et formellement ratifiée par le Conseil en janvier 2018.
Chronologie et dates clés :
Portée juridique :
Les principes établis dans les affaires T-512/12 et T-180/14 ont été étendus à l’accord UE-Maroc sur le transport aérien : la Commission affirme l’absence de souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental, considère que l’inclusion de ce territoire dans l’accord porte atteinte au principe d’autodétermination et que l’UE ne peut « valablement partager une intention du Royaume du Maroc d’inclure le territoire en question dans le champ d’application de l’accord » (art. 33).
5) Affaire T-376/18 → Négociations sur la pêche (Polisario versus Conseil)
Objet :
Contestation de la décision du Conseil autorisant la Commission à négocier avec le Maroc un nouvel accord de partenariat dans le domaine de la pêche.
Contexte :
En février 2018, la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) a conclu que l’accord UE-Maroc de partenariat dans le domaine de la pêche ne pouvait s’appliquer au Sahara Occidental, ce territoire ne relevant ni de la « souveraineté » ni de la « juridiction » marocaine, et n’étant pas inclus dans les « zones de pêche marocaines » – notion utilisée dans l’ensemble de l’accord et de ses protocoles d’application (affaire C-266/16, transmise par la Haute Cour du Royaume-Uni). En 2018, le Conseil a autorisé la Commission à ouvrir des négociations avec le Maroc en vue d’une modification du champ d’application territorial de l’accord de pêche (afin d’y inclure le Sahara Occidental) et de la conclusion d’un nouveau protocole sur la pêche. En juillet 2018, la CJUE a confirmé l’inapplicabilité au Sahara Occidental de l’accord UE-Maroc de partenariat dans le domaine de la pêche dans ses conclusions relatives à l’affaire T-180/14, introduite par le Front Polisario.
Chronologie et dates clés :
Portée juridique :
Réaffirmation du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et de son statut de tiers aux accords UE-Maroc au regard du droit international.
6) Affaires jointes T-279/19, T-344/19 et T-356/19 → Accords commerciaux et de pêche de 2019 (Polisario versus Conseil)
Objet :
Recours en annulation contre l’accord commercial UE-Maroc de 2019 (T-279/19) et l’accord de partenariat pour une pêche durable. (T-344/19 et T-356/19) appliqués au Sahara Occidental.
Contexte :
Le 29 mai 2017, le Conseil de l’UE charge la Commission de renégocier l’accord commercial avec le Maroc, suite à une décision de la CJUE.
La Cour de Justice de l'Union Européenne (CJUE) conclut à l'inapplicabilité de cette décision au Sahara Occidental, d'abord en 2015 (Tribunal de l'Union Européenne, T-512/12), puis en décembre 2016 (CJUE, C-104/16 P). Le 31 janvier 2018, la Commission paraphe un nouvel accord avec le Maroc portant sur le commerce de marchandises en provenance du Sahara Occidental, sans consulter ni obtenir le consentement du peuple sahraoui. Dans les mois qui suivent, la Commission Européenne et le Service Européen pour l'Action Extérieure (SEAE) mènent une consultation auprès d'informateurs, d'entreprises et d'associations marocaines favorables à l'accord. Toutefois, la liste des parties prenantes consultées, soumise au Conseil et au Parlement, comprend également près de 100 organisations de la société civile sahraouies et européennes qui n'ont pas participé à la consultation, dont WSRW. Malgré l’absence de consentement du peuple sahraoui, requis par la CJUE, le Conseil approuve le nouvel accord en juillet 2018. En septembre 2018, le service juridique du Parlement Européen émet un avis indiquant que l’accord proposé était pas clairement conforme à la jurisprudence de la Cour dans l’affaire C-104/16 P. Le même mois, le Parlement mène une mission d’enquête de deux jours sur le territoire, qui n’aboutit à aucun rapport sur des questions techniques ou juridiques et consiste principalement en des rencontres avec des entreprises marocaines. Trois mois plus tard, est révélé que la rapporteur du Parlement sur ce dossier, qui a dirigé la mission d’enquête, siège au conseil d’administration d’un groupe de pression pro-marocain. Elle démissionne en décembre 2018. Cependant, son rapport au Parlement – appelant à un vote en faveur du nouvel accord – n'est pas retiré. Bien qu'un rapporteur nouvellement nommé demande par la suite au Parlement de solliciter un avis juridique auprès de la Cour de justice, cette demande n'est pas retenue. Le Parlement vote finalement en faveur de l'accord proposé le 16 janvier 2018. Pour plus de détails, consultez notre rapport « Au-dessus des lois » de décembre 2020.
Chronologie et dates clés :
Portée juridique :
Réaffirmation de la personnalité juridique du Polisario en tant que représentant internationalement reconnu du peuple du Sahara Occidental ; réaffirmation du statut distinct du Sahara Occidental par rapport au Maroc ; réaffirmation de la nécessité du consentement du peuple du Sahara Occidental pour étendre l’accord à son territoire ; affirmation que les consultations de la population locale menées par les institutions de l’UE ne sauraient se substituer au consentement du peuple.
Recours :
Portée juridique :
La Cour a fermement établi la position du Front Polisario, lui permettant d’intenter des actions au nom du peuple sahraoui et d’accéder aux juridictions de l’Union Européenne pour défendre son droit à l’autodétermination. La Cour a confirmé le statut distinct du Sahara Occidental. Elle a affirmé sans ambiguïté que la « population du Sahara Occidental » et le « peuple du Sahara Occidental » ne sont pas synonymes. Le processus de consultation mené par le SEAE et la Commission ne saurait donc être assimilé à l’obtention du consentement de la population du territoire non autonome du Sahara Occidental. La Cour ajoute que ce consentement peut être explicite, mais peut également être présumé sous des conditions très strictes, visant à préserver le droit à l’autodétermination et à l’indépendance.
7) Affaire C-399/22 → Confédération Paysanne versus Ministère français de l'Agriculture et Ministère de l'Économie, renvoyée à la CJUE
Portée juridique :
Ce document réaffirme que le Sahara Occidental est un territoire distinct du Maroc et constitue un territoire douanier au sens du droit de l’Union Européenne. L’indication du pays d’origine sur les produits provenant de ce territoire ne peut désigner que le Sahara Occidental, toute autre indication étant susceptible d’induire les consommateurs en erreur.
WSRW propose ici un résumé les principales conclusions des arrêts historiques rendus le 4 octobre 2024 sur le Sahara Occidental par la Cour de justice de l'UE.
La Cour africaine des droits humains et des peuples conclut que l'occupation du Sahara occidental par le Maroc constitue une violation grave du droit du peuple sahraoui à l'autodétermination et à l'indépendance.
En plein différends maritimes maroco-espagnols au large du Sahara Occidental, le Maroc fait pression pour qu'un défenseur de l'occupation du Sahara Occidental siège à un important organe scientifique de l'ONU chargé des frontières maritimes continentales.
La société italienne Enel est l'une des entreprises à avoir exactement la même approche que l'UE lors de la réalisation de « consultations des parties prenantes » au Sahara Occidental - une procédure désormais jugée invalide par la Cour de justice de l'UE.